Nouvelles formes de traite des êtres humains: après le prélèvement d’organes, un rapport européen mentionne la gestation pour autrui

Dernière modification : 7 May 2026

 

Un rapport européen de 2025 faisant le bilan de la situation observe une augmentation du phénomène de plus de 20% par rapport à la période précédente. Sur ce point, la GPA fait partie des formes émergentes constatées. Pour autant, les efforts menés sont conséquents. La coopération policière est renforcée. Le succès est au rendez-vous, même si quelques points sont à améliorer comme le décalage significatif des statistiques d’Europol et celles d’Eurostat.

Quel est le problème ?

Selonn Europol, 55 des réseaux criminels les plus menaçants ayant été signalésn ont la traite des êtres humains comme activité principale ou comptent nla traite parmi leurs activités principales. En outre, il ressort du nrapport mondial 2024 sur la traite des êtres humains que 74 % des ntrafiquants opèrent en groupes et réseaux vaguement connectés dans le ncadre des relations criminelles de type commercial ou sous la forme nd’organisations criminelles structurées, ce qui souligne le rôle nprédominant des groupes criminels organisés dans les activités de traiten des êtres humains.
En outre, la traite des êtres humains constitue nla deuxième économie illicite la plus répandue au monde. Le bénéfice nannuel généré par le travail forcé à l’échelle mondiale est estimé à 236n milliards d’USD pour les trafiquants, ce qui représente près de 10 000 nUSD par victime. L’exploitation des victimes en Europe et en Asie ncentrale est la plus rentable, atteignant un bénéfice de 20 000 USD par nvictime et par an. Si les bénéfices sont élevés et ont augmenté de 37 % ndepuis 2014, les risques pour les auteurs restent faibles.

Où en est-on ?

Len cadre juridique de l’Union en matière de traite des êtres humains est nancré dans la directive relative à la lutte contre la traite des êtres nhumains, qui a été modifiée par la directive dun 13 juin 2024 et est entrée en vigueur le 14 juillet 2024. Les États nmembres devront transposer et mettre en œuvre les nouvelles dispositionsn au plus tard le 15 juillet 2026.
La directive modifiée:

  • introduitn des règles plus strictes pour lutter contre la traite des êtres humainsn et fournit aux autorités publiques des outils renforcés pour enquêter nsur les infractions relatives à ce phénomène et engager des poursuites àn l’encontre de leurs auteurs.
  • introduit des règles concernant nde nouvelles formes d’exploitation et fait de l’exploitation sexuelle ncommise en ligne une circonstance aggravante.
  • prévoit égalementn un meilleur soutien aux victimes et constitue l’une des principales nactions prévues dans la stratégie de l’UE visant à lutter contre la ntraite des êtres humains 2021-2025 qui intègre une approche globale nfondée sur quatre piliers.

Quant à la directive dun 24 avril 2024 relative au recouvrement et à la confiscation d’avoirs, nelle renforce la capacité des forces de police, des procureurs et des njuges à retracer et à confisquer les bénéfices que les groupes criminelsn organisés tirent de leurs activités illicites, y compris de la traite ndes êtres humains. La directive renforcera également la coopération npolicière transfrontalière en rendant obligatoire l’ouverture d’enquêtesn de dépistage des avoirs dans les affaires de criminalité organisée.

Combien de personnes sont vitimes de la traite ?

Au cours de la période 2021-2022, 17 248 victimes de la traite des êtres humains ont été enregistrées dans l’UE.
Cela représente une augmentation de 20,5 % par rapport à la période 2019-2020 (14 311).
Rienn qu’en 2022, le nombre de victimes enregistrées était de 10 093, soit nune augmentation de 41 % par rapport à 2021 (7 155) et le chiffre le nplus élevé depuis 2013.
Cette augmentation s’explique probablement par la sensibilisation générale à la traite des êtres humains.
Lesn efforts concertés déployés par plusieurs agences dans les États membresn pour protéger les personnes fuyant l’agression militaire contre nl’Ukraine ont eu une incidence positive inattendue sur la détection de nvictimes de la traite des êtres humains de différentes nationalités.
Commen les années précédentes, il convient de noter que le nombre réel de nvictimes est probablement nettement plus élevé que ne le suggèrent les ndonnées communiquées.

Quel est le profil des victimes ?

Enn 2021-2022, dans l’Union, 65 % des victimes étaient des femmes et des nfilles. La grande majorité des victimes d’exploitation sexuelle sont de nsexe féminin (92 %).  68 % d’entre elles sont des femmes et 24 % sont ndes filles. Les hommes représentent la majorité des victimes de la ntraite à des fins d’exploitation par le travail (70 %).
46 % des nvictimes enregistrées étaient des citoyens de l’UE et 54 % étaient des nressortissants de pays tiers, ce qui constitue un changement par rapportn à la période 2019-2020, où la majorité des victimes enregistrées nétaient des citoyens de l’UE (55 %).
Pour ce qui est de la nnationalité des victimes de la traite des êtres humains, les cinq npremiers pays de l’Union concernés étaient la Roumanie, la France, la nHongrie, la Bulgarie et l’Allemagne.
Hors États membres de l’Union, nles cinq pays qui comptaient le plus de ressortissants parmi les nvictimes de la traite dans l’Union étaient le Nigeria, l’Ukraine, le nMaroc, la Colombie et la Chine.
34 % de l’ensemble des victimes nenregistrées étaient des citoyens du pays dans lequel elles étaient nenregistrées (traite interne).

Le succès de la traite à des fins d’exploitation sexuelle

Lan traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle est restée nla forme d’exploitation la plus répandue dans l’UE au cours de la npériode 2021-2022 (49 % des victimes), bien qu’elle affiche une tendancen légèrement à la baisse par rapport à la période précédente (51 %).
Lan méthode la plus courante pour recruter de jeunes femmes et des filles àn des fins d’exploitation sexuelle est restée la méthode du «lover boy».
Lesn trafiquants nouent souvent des relations romantiques en ligne, créent nune dépendance émotionnelle et attirent les victimes dans le piège de nl’exploitation.
La plupart des États membres et Europol ont confirmé le rôle prépondérant des médias sociaux.

A la deuxième place du piodium,  la traite à des fins d’exploitation par le travail

Lan traite des êtres humains à des fins d’exploitation par le travail resten la deuxième forme la plus répandue de traite des êtres humains dans nl’UE en 2021-2022 (37 % des victimes).
Il s’agit de la forme d’exploitation la plus répandue dans quatre États membres.
Enn 2021-2022, le rapport observe une augmentation de 51 % du nombre de nvictimes d’exploitation par le travail (5 940) par rapport à la période nprécédente (3 940).
En 2022, la part de l’exploitation sexuelle et celle de l’exploitation par le travail étaient identiques (41 %).
Les hommes représentent la majorité des victimes (70 %).
Parn rapport à la période précédente, une proportion presque équivalente de nvictimes issues de l’UE (46 %) et de pays tiers (54 %) a été enregistréen dans l’UE en 2021-2022.
Les secteurs à haut risque d’exploitation ncomprennent la construction, l’agriculture, la sylviculture, la ntransformation des denrées alimentaires, les lignes d’assemblage, nl’hôtellerie, la vente au détail, le lavage de voitures, les services nd’esthétique et de nettoyage, les transports et l’entretien ménager.
Lesn nouveaux secteurs émergents sont, par exemple, les soins à domicile et nles services de soins infirmiers ainsi que la livraison de colis.

Le prélèvement d’organes et la GPA aussi mentionnés

Aun cours de la période de référence, les formes de traite des êtres nhumains autres que l’exploitation sexuelle et l’exploitation par le ntravail représentaient 14 % de l’ensemble des victimes.
Ces formes nd’exploitation comprennent les activités criminelles forcées, la nmendicité forcée, le prélèvement illégal d’organes et d’«autres» formes.n

  • Si la criminalité forcée ne nreprésentait que 3 % de l’ensemble des victimes enregistrées dans l’UE npour la période 2021-2022, certains États membres ont fait état d’une naugmentation de cette forme d’exploitation.
    La criminalité forcée estn souvent associée au vol, à la petite criminalité, au vol à la tire, au nvol à l’étalage et à la vente de drogues.
  • La mendicité forcée (2 %) reste présente dans plusieurs États membres en tant que forme d’exploitation.
  • Plusieursn États membres ont signalé des cas de traite à des fins de mariages nforcés et fictifs, qui touchent les minorités ethniques, telles que les nRoms, et les enfants (principalement des filles) issus de l’immigration.n
  • L’exploitation de la gestation pour autrui est une forme némergente de traite des êtres humains. Les intermédiaires (tels que les ncliniques de santé génésique) se livrent à la criminalité transfrontièren organisée pour dégager des bénéfices très importants.
  • Des nsoupçons de traite à des fins de prélèvement d’organes ont été signalés npar la Bulgarie, la Grèce et la Slovaquie, qui incluaient également le nprélèvement abusif de cellules, de tissus et de sang dans le cadre d’un ntrafic d’organes.

Le problème croissant de la traite en ligne

L’entréen de la traite des êtres humains dans l’espace numérique constitue un ndéfi fondamental qui est apparu pendant la pandémie de COVID-19 et qui ns’est encore amplifié à la suite de celle-ci. Les difficultés persistentn en ce qui concerne le recensement des victimes et leur orientation versn des services d’aide et de soutien.
La législation sur les services numériquesn adoptée le 19 octobre 2022, contribuera à recenser, surveiller et nsupprimer les contenus en ligne liés à la traite des êtres humains.
Lan Commission a désigné les «très grandes plateformes en ligne» et les n«très grands moteurs de recherche», y compris quatre sites web pour nadultes, qui sont soumis à des obligations strictes concernant nl’identification, l’évaluation et l’atténuation des risques systémiques,n ainsi que des mesures de transparence, des outils de signalement naccessibles et des mécanismes de plainte.

Renforcer la coopération policière

Dansn son rapport sur les réseaux criminels les plus menaçants dans l’UE, nEuropol a relevé comme activité principale l’exploitation sexuelle pour n18 réseaux criminels, l’exploitation par le travail pour 13 réseaux et nd’autres formes de traite des êtres humains pour cinq réseaux.
La ncoopération en matière répressive est restée intensive au cours de la npériode 2021-2024, tant au niveau de l’UE qu’au niveau national, ce qui nse reflète dans l’augmentation continue de 16 % du nombre total nd’individus soupçonnés de traite des êtres humains par rapport à la npériode de référence précédente.
Les citoyens de l’UE représentaient 72 % de l’ensemble des suspects enregistrés dans l’UE en 2022.
Eurojustn a apporté son soutien à 66 équipes communes d’enquête (ECE) dans des naffaires de traite des êtres humains. Plusieurs États membres ont nindiqué avoir participé à des ECE coordonnées par Eurojust, tant avec ndes États membres de l’UE que des pays tiers.

Le succès du projet EMPACT
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Lan traite des êtres humains est l’une des priorités de la plateforme npluridisciplinaire européenne contre les menaces criminelles (EMPACT).
En 2024, EMPACT THB (traite des êtres humains) comprend 22 actions opérationnelles.
Enn 2023, les actions opérationnelles de l’EMPACT se sont révélées être un nsuccès majeur et se sont traduites par une amélioration constante des nrésultats en ce qui concerne le nombre croissant de journées d’action ncommune, de task forces opérationnelles et de résultats opérationnels, àn savoir l’identification de 7 536 victimes (potentielles) et de plus de 5n 000 suspects, ainsi que le lancement de 103 enquêtes financières et la nsaisie de 4 108 670 euros.

L’EMPACT a également soutenu des approches innovantes en matière d’enquêtes numériques, en particulier sous les formes de hackathons,n qui ont contribué à recenser les plateformes en ligne sur lesquelles nl’exploitation sexuelle ou l’exploitation par le travail a eu lieu et a naidé les États membres à analyser un grand nombre de données numériques nprovenant de médias confisqués au cours des enquêtes. Contre 20 pays nayant adhéré en 2022, l’action comptait 26 pays en 2023 et 27 pays en n2024, dont des partenaires issus des pays voisins non-membres de l’UE.

Desn efforts ont été déployés au niveau européen pour améliorer le recours naux enquêtes financières. Dans le cadre de l’EMPACT, les États membres net Europol ont élaboré un manuel consacré aux enquêtes financières en nlien avec la traite des êtres humains.
En outre, le partenariat npublic-privé d’Europol en matière de renseignement financier (EFIPPP) a nmis en place un axe de travail sur l’élaboration d’indicateurs pour le nsuivi automatique des transaction.

Une coopération à parfaire

Malgrén l’intensification de la coopération transfrontière et de la nparticipation d’Europol à certaines enquêtes plus complexes en 2021 et n2022, il existe une différence significative entre les statistiques nproduites par Europol et les statistiques officielles publiées par nEurostat, notamment en ce qui concerne le nombre, l’âge et la nnationalité des victimes, les formes d’exploitation et le nombre de nsuspects.
Bien qu’il existe des raisons objectives à ces ndivergences, il est nécessaire de souligner l’obligation pour les États nmembres de partager en temps utile les informations et les données npertinentes avec Europol.
L’enregistrement des victimes est effectuén par diverses autorités et organisations des États membres, qui font npartie du système de collecte officielle de statistiques, tandis que nseules les autorités répressives signalent des cas à Europol.
Les nservices répressifs nationaux ne signalent normalement pas à Europol lesn affaires nationales, mais les affaires ayant une dimension ntransfrontière.

Une répression à renforcer encore d’avantage

Le nombre total de personnes poursuivies et condamnées pour traite des êtres humains a augmenté.
Enn 2021-2022, au total, 8 804 personnes ont été poursuivies et 4 728 npersonnes ont été condamnées pour traite des êtres humains. Les npoursuites ont augmenté de 35 % et les condamnations ont augmenté de 57 %n par rapport à la période de référence précédente (2019-2020).
En n2022, les citoyens de l’UE représentaient 81 % de l’ensemble des npersonnes poursuivies et 74 % de l’ensemble des personnes condamnées.
Néanmoins,n malgré l’augmentation globale, le nombre absolu de poursuites et de ncondamnations reste faible, en particulier par rapport au nombre de nvictimes enregistrées et de suspects.

 

synthèse du texte par Pierre Berthelet